D. Fischer-Dieskau (1925-2012)

Dietrich Fischer-Dieskau (28 mai 1925-18 mai 2012)


fd-5.jpg

 

Dietrich Fischer-Dieskau nous a quittés le 18 mai dernier, à dix jours de son quatre-vingt-septième anniversaire. Les grands media, spécialisés ou non dans le domaine musical, ont rendu ou rendront hommage à ce grand artiste, avec une exhaustivité à la quelle nous ne pouvons prétendre. Fischer-Dieskau fut une immense personnalité au sein du monde musical dans la seconde moitié du XX° siècle, comme chanteur, chef d’orchestre, musicologue. Unanimement apprécié et respecté, il fut reçu « Docteur Honoris Causa » à Oxford en 1978, en même temps qu’Herbert von Karajan. Ecrivain de talent, il nous a laissé des mémoires d’un intérêt exceptionnel, édités chez Belfond en 1991 : Résonnance. Ses qualités linguistiques lui ont permis de proposer une traduction en anglais des Liederde Schubert. Grand amateur d’art et collectionneur averti, l’artiste a pratiqué, également, la peinture.


dfd-autoportrait.jpgAutoportrait – 2005

Né en 1925 dans la capitale allemande, fils d’un pasteur et d’une institutrice, imprégné, dès son plus jeune âge, par les valeurs humanistes incarnées par ses parents, Dietrich Fischer-Dieskau  est d’abord connu comme un des grands barytons de son temps. Il fut révélé par la radio dans le Berlin de l’immédiat après-guerre et s’est d’abord imposé comme un interprète d’exception des Lieder du répertoire romantique allemand, gravant, à plusieurs reprises, des cycles entiers de l’œuvre chantée de Franz Schubert. Evoquant cette époque, la grande Christa Ludwig a pu écrire : « Nous nous rendions alors aux concerts de Fischer-Dieskau à la fois pour pleurer et pour prier ».

Repéré très tôt par Wilhelm Furtwängler sous la direction duquel il devait enregistrer, dès 1952, le rôle de Kurvenal dans Tristan et Isolde, Dietrich Fischer-Dieskau s’est couvert de gloire, tant dans le domaine de l’opéra que dans celui de l’oratorio, avec les plus grands chefs d’orchestre de son temps : Fricsay (dont il fut particulièrement proche dans les premières années de sa carrière), Jochum, Böhm, Klemperer, Krajan, Solti, Szell, Bernstein, plus récemment, Barenboïm. En récital, il eut pour partenaires les pianistes Gérald Moore, Sviatoslav Richter, Alfred Brendel.

Sa discographie, sous la plupart des grands labels -EMI, Deutsche Grammophon, Decca-, est d’une ampleur unique dans l’histoire de la musique enregistrée, les débuts de l’artiste étant contemporains de l’essor du microsillon en Europe. Le soin apporté au texte et à la diction prédestinait Fischer-Dieskau à exceller dans les grands oratorios à dimension religieuse, dans Bach, en particulier, qu’il servit en enregistrant l’Oratorio de Noël sous la direction de Karl Richter et le rôle du Christ dans la Passion selon Saint-Mathieu, sous les directions successives de Klemperer et de Karajan, excusez du peu ! En 1962, il devait participer, sous la direction du compositeur, à la création du War Requiem de Benjamin Britten, dans la cathédrale reconstruite de Coventry, en Grande-Bretagne.

Sur les scènes d’opéras aussi bien qu’en studio, Dietrich Fischer-Dieskau s’est illustré dans tous les répertoires, à l’exception du russe. Il chantait un français sans accent et on peut regretter que ses gravures berlioziennes aient disparu du catalogue de Deutsche Grammophon : il s’agit de sa participation aux intégrales de La Damnation de Faust et de Béatrice et Bénédicte réalisées avec l’Orchestre de Paris, au début des années 1980, sous la direction de Daniel Barenboim. Nous tenons à rendre hommage à sa contribution au répertoire français en évoquant quelques gravures rares accessibles par ce lien.

Mozart fut, naturellement, au centre de son répertoire, à Berlin, à Vienne et à Salzbourg, aussi bien qu’en studio. Il commença un cycle Da Ponte avec Fricsay mais la disparition du grand chef hongrois fit que Cosi Fan Tutte fut gravé sous la direction de Jochum. Don Giovanni et Les Noces furent réenregistrés avec Böhm. D’une trop grande taille pour incarner Papageno à la scène, l’artiste nous gratifia de deux incarnations du rôle de l’oiseleur en studio, sous les directions de Fricsay puis de Böhm. Dans le domaine wagnérien, outre le Tristan déjà cité, contentons-nous de mentionner un Hans Sachs d’exception, face au Walter…de Plácido Domingo, dans les Meistersinger dirigés par Jochum ; et de signaler la participation de l’artiste aux deux grands Ring de l’histoire du disque réalisés par Decca, sous la direction de Solti et par Deutsche Grammophn, sous la direction de Karajan. Reste le répertoire italien auquel, à tort, on pense moins spontanément et que nous évoquons dans un dossier spécifique accessible ici.

 

Jean-Pierre Pister