Une Messe solemnelle

La Messe solennelle d’Ambroise Thomas

Puissant coup d’envoi d’un bicentenaire

(Arsenal-12 novembre 2011)


Cooptant le départ des commémorations du Bicentenaire d’ Ambroise Thomas, l’Orchestre de chambre du Luxembourg, qui avait retrouvé l’original de la partition de sa Messe solennelle, s’en était fait le dispensateur, dès 2007, en l’église Saint-Joseph de Montigny-les-Metz, puis à Saint-Clément au Pontiffroy. Alors que sa restitution flottait inévitablement dans l’espace, -les chœurs avalant quasiment les cordes-, le volume sonore fut nettement cerné, donc mieux équilibré, dans la grande salle de L’Arsenal, au concert d’ouverture du samedi 12 novembre 2011. Le bloc vocal à 65 (Chœur universitaire de Luxembourg, Maîtrise de la cathédrale de Metz et Ensemble vocal Ars Musica de Nancy,) est parvenu à fusionner et à trouver cette homogénéité et cet équilibre sur quatre rangs, de part et d’autre de la scène, ce qui eut été improbable dans les nefs. Quant aux pupitres instrumentaux (à 45), bénéficiant d’un plus large périmètre, ils étaient mieux mis en valeur, bien que le quatuor ait été inévitablement couvert au fil des phases d’amplitude maximale, dont au Laudate final où les archets y vont ardemment de leurs quartolets de doubles croches. Et Dieu sait si Nicolas Brochot a vigoureusement affronté ces vagues orchestrales. Car la Messe n’est pas qualifiée de solennelle pour rien. C’en était l’usage en ce siècle aux élans emphatiques. Et l’on imagine ce que pouvaient produire en accents superfétatoires, les 600 exécutants de sa création de 1852, en l’Eglise Saint-Eustache de Paris !

LES CHŒURS : CHARPENTE DE L’ŒUVRE

Dès le Kyrie à cinq voix mixtes, les sopranes sont sollicitées, dont l’inclination persistante dans leur emploi, les tiendra quasiment tout au long des cinq parties de l’ordinaire de la messe, et souvent dans le registre aigu. Le Gloria éclate littéralement dans cette tonalité triomphale de ré majeur, qui tient des fusées sonores à la Hector Berlioz, comme le Credo qui convoque la masse vocale, et n’est pas sans rappeler les chœurs d’opéra à la Verdi. Alors nous y voilà. Il est évident qu’on est davantage dans une œuvre lyrique que dans l’expression purement religieuse. Encore que l’ensemble ait fort bien cerné les séquences méditatives de la seconde moitié de l’ouvrage qui fut calé sur 55 minutes. Et les trois solistes tenaient la corde. Le baryton Jean-Paul Majerus, introduit par le solo de harpe, dégagea généreusement la prenante mélodie du Benedictus, et, s’alliant avec le ténor Vincent de Rooster, tous deux abordèrent avec ferveur, l’O Salutaris recueilli. On sera un peu plus réservé sur Elena Prokina, qui, bien qu’elle ait développé un beau timbre de soprano en mezza-voce à son Agnus Dei, était un tantinet trémulante. Olympien, le Laudate final le fut au-delà de toute attente. Cependant, l’assistance emplissant la salle, et qui découvrait pour une large part, cette œuvre dans sa monumentalité, fut séduit par cette colonne vertébrale des chœurs, lesquels, après plusieurs rappels scandés des mains, conduisirent Nicolas Brochot à redonner, en bis, ce final manifestement surérogatoire.

 

Georges MASSON