Un Quintette redécouvert

UN BRILLANT QUINTETTE,

ANTICIPATOIRE DU CORPUS LYRIQUE D’AMBROISE THOMAS

 

En proposant la thématique originale consistant à réunir trois œuvres de trois compositeurs d’opéras qui se sont essayés à la musique de chambre, les interprètes de l’ensemble Le Salon de Musique de Metz, boostés par son fondateur Philippe Baudry, ne croyaient pas aussi bien taper dans le mille en alignant la Troisième Sonate à quatre de Rossini démontrant son exceptionnelle précocité, l’unique Quatuor que Verdi coucha un peu par hasard sur les portées entre les répétitions de son Aïda, et, cerise sur le gâteau, le Quintette totalement méconnu d’Ambroise Thomas. Si les deux premiers, popularisés par le disque et souvent au programme des quartettistes, démontraient l’intime attachement de leurs auteurs à la fibre lyrique, le troisième, ignoré du répertoire, apparut comme une suite de tableaux qui, mis bout à bout, plongeaient le public dans une sorte de bain opératique.

SUR LES AILES DE POLYMNIE

En l’inscrivant au menu de leur 18e concert itinérant, au Château de Clémery, les cinq archets messins inauguraient en quelque sorte, l’année du bicentenaire du compositeur né à Metz le 5 août 1811. Ce Premier Grand Prix de Rome l’avait conçu à 23 ans, au temps où il était pensionnaire à la Villa Médicis et où il s’extasiait à la vue des merveilles de la Ville éternelle. Edité à Leipzig, ce Quintette opus 7, joué dans les salons et les milieux musicaux curieux de nouveautés instrumentales, donnait à Thomas les ailes de Polymnie. Puis, l’ouvrage sombra peu à peu dans les limbes de l’oubli desquelles il fut très parcimonieusement ressorti, et qui retrouve aujourd’hui la lumière de ses années romaines.

C’est comme si on se trouvait, l’autre soir, dans un fauteuil de théâtre. On y décelait de près, la configuration des rôles futurs que son auteur taillera au fil de ses opéras-comiques et de ses opéras qui, à son retour à Paris, vont se succéder entre Salle Favart, Salle des Nouveautés et Académie de Musique. En trois mouvements assez surprenants, cet opus 7 débute comme une ouverture à la fois spectaculaire, brillante et sombre, avant que ne se dessine le grand air d’un héros vainqueur ou d’une héroïne affligée. L’écriture colle littéralement au mouvement romantique de l’époque (la révolution de 1830 l’avait allumé) et on y décèle l’influence berliozienne, les élans italianisants et l’inspiration mélodique «à la française».

UN ÉTONNANT VOYAGE

Et, comme si un rideau invisible tombait entre chaque scène, c’est un thème, très différent dans sa structure et dans sa tonalité éloignée qui apparaît alors, se déploie, s’intensifie. Le second mouvement lent interroge, prend la tournure d’une sérénade qui vire au « nocturne » avec ses accents dramatiques. Les arias sont accomplis mais sans les développements que l’on trouverait dans les œuvres à forme sonate. Sauf peut-être dans le troisième sur un rythme de scherzo-valse, déroulé comme un « thème et variations », déployé en diverses facettes, un peu longuet sans doute, malgré ses accelerandos à trois temps, ses courbettes sonores comme autant de révérences de plateau, à l’image d’un final d’opéra-comique. On imagine même le baisser de rideau. Etonnant voyage en tout cas que l’on doit aux vingt cordes : Sylvie Tallec et Byungwoo Ko, violons, Jean-François Mein, alto, Philippe Baudry, violoncelle et Pierre Rusché, contrebasse. Musicalité et virtuosité réunies. Une œuvre qui, certes, mérite d’être mieux connue et qui sera peut-être un jour dans le berceau messin de celui qui l’a conçue.

 

Georges MASSON