Vadim Repim à l'Arsenal

Vadim Repin : le train d’enfer d’un super-virtuose

 

Le premier choc auriculaire du public à l’écoute du violoniste Vadim Repin à L’Arsenal, remonte à fin octobre 1998. Il avait 27 ans. La force de son bras droit dominait l’archet impétueux. On avait osé l’oxymore en qualifiant l’artiste de Sibérien incandescent, la clarté froide de son Stradivarius, l’éclatant « Ruby » de 1707, semblant tremper dans une lave en fusion. Avec le pianiste Alexandre Melnikov, Vadim Repin avait porté la sonate de César Franck vers une dynamique tendue, glissant dans ses rubatos des nuances typiquement slaves. Dix ans plus tard, mois pour mois, en 2008, il transmettait à la Sonate à Kreutzer de Beethoven, sa vision flamboyante dans une métrique impeccable. Cette fois, en ce 4 mai 2012, c’est une étoile filante qui illumina l’espace du Palais Bofill. Toutefois, on reconnaissait moins ce fils naturel d’Oïstrakh qui se distinguait par sa hauteur de vue et sa tenue altière, ni cet enfant d’âme de Menuhin, dont il avait hérité des courbes expressives, du radieux discours et de l’heureuse séduction, avec Itamar Golan au piano. Par contre c’est l’hyper champion de la virtuosité pure qui électrisa la foule emplissant la salle, ses loges et ses gradins.

Repin fit un « bœuf » avec Jacques Mercier à la tête de l’O.N.L., dans le Concerto de James Mac Millan (2009). Et là, on touchait à une autre dimension du soliste : sa technique funambulesque. Au détriment de la profondeur du sentiment ? Le compositeur laisse assez peu de place à la berceuse rythmée à l’écossaise et au souvenir lointain d’une ballade irlandaise, au bénéfice d’une virtuosité imbattable et qui ferait trembler les plus vaillants concertistes ! Car, toute la partie solistique -qu’il gardait sous les yeux bien qu’il la connût par cœur-, fut menée comme un « cent mètres haies » violonistique, avec ses grimpées acrobatiques aux aigus, à l’image d’une course effrénée de la corde sol à la corde mi…et au-delà. Le chef avait fait appel aux biceps de l’orchestre dont les cuivres et les percussions annoncèrent la couleur dès l’introduction, fille adultérine de celle du Concerto de Ravel ( !), et qui nous assène ses premiers accords aux décibels en surmultipliée. Toute la partition est truffée d’explosifs du même genre. Plus que spectaculaire, la surexpressivité déborde, allant jusqu’à la surexcitation, voire à l’extraversion. Depuis sa fière Albion, le compositeur, non sans vanité, a quand même piqué dans le néo-classicisme du XXe siècle et dans le laboratoire atonal tout en trempant dans la tonalité. Intelligemment écrite tout de même, l’œuvre leva les crépitants bravos, qui se renouvelèrent dans les Variations sur Carmen de Waxman, superbement jouée par Repin que l’on découvrait dans le registre de la fantaisie.

C’était, décidément, le jour du « triple forte » car, dans la Deuxième Symphonie de Tchaïkovsky, le chef et l’O.N.L. ne se sont pas privés de ponctuations claquantes. Ce n’est certes, pas la meilleure des six, d’autant qu’elle apparut, malgré le charme romantique de ses thèmes à l’ukrainienne, un peu pompière, patriotique, et répétitive. À la Petite Russienne on eût préféré la grande Pathétique. Étonnant programme, tout de même, introduit par les Créatures de Prométhée. Annonciatrices du feu de Dieu ?

Georges MASSON

     *  Le concert a été dédié au compositeur  Claude Lefèbvre, décédé la veille, et dont Jacques Mercier souligna le rôle important qu’il déploya dans le domaine de la musique contemporaine.