Piano symphonique à Pange

Piano symphonique en l'Eglise de Pange - 16 juin 2012


humbert-dxofp.jpgJacques et Grégoire Humbert


Le pianiste messin Jacques Humbert sait créer l’événement à chacune de ses prestations, autant par le brio de son jeu que par la conception de ses programmes. Ce fut le cas l’an dernier, au château de Pange, où il avait consacré une soirée à Chopin, avec la complicité de Christiane Devaux-Markiewicz, récitante et interprète de mélodies du musicien polonais. Un Humbert ne s’embarrasse d’aucune œillère, alors pensez deux !

En effet, le samedi 16 juin 2012, dans l’église comble de Pange, Jacques Humbert et son fils Grégoire proposaient un concert à quatre mains, titré Le Piano Symphonique. Il s’agissait de mettre en lumière autant les capacités techniques de l’instrument que la virtuosité des interprètes. Contrat parfaitement honoré.

Pour le plus grand plaisir du public, les transcriptions pour piano concernaient des pages symphoniques fameuses de musiciens bien connus, de Mozart à Carl Orff : la familiarité avec la mélodie laissait toute liberté à l’attention des auditeurs pour se concentrer sur la richesse structurelle des partitions et sur l’étendue et la variété de la palette sonore du piano. On découvrait des rapprochements inattendus entre certains numéros du Peer Gynt de Grieg et Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, dans leur version originale pour piano. La Moldau gagnait en fluidité et liquidité sonores, l’extrait des Carmina Burana de Carl Orff en âpre sensualité. En revanche, le Marché persan de Ketelbey était quelque peu dépouillé de ses coloris charmeurs et exposait plutôt sa pauvreté musicale. Quant au premier mouvement de la Symphonie n° 40 de Mozart, qui ouvrait le concert, sans doute trop lié aux sonorités des cordes, il laissait un peu sur sa faim, mais cette frustration fut bien vite oubliée par la suite.

Le concert ménageait des moments de « pur » piano, comme les quatre pièces de Debussy (ce dernier affublé, dans le programme de présentation, des dates de naissance et de mort de Beethoven !) réservées à Grégoire Humbert. L’encore très jeune pianiste y montra sensibilité, sûreté technique et brio. Bon sang ne saurait mentir. Père et fils se retrouvèrent pour la clôture du concert avec cinq danses hongroises (les six premières moins la quatrième), écrites pour quatre mains, menées à l’unisson avec autant de rigueur que de panache.

Mais ce qui fait le prix de cette prestation, outre sa qualité artistique, c’est le plaisir de jouer, l’enthousiasme communicatif et la générosité des deux solistes, qui ravit le public. Le bonheur de ce dernier fut à son comble à l’écoute du premier bis, une Danse du sabre de Khatchatourian à couper le souffle et à rompre les cordes du piano, suivi du balancement plus apaisant d’une célébrissime pièce de Brahms.

Faut-il ajouter un bémol à tout cela ? L’attente un peu longuette sous la pluie, avant l’ouverture des portes et celle, à peine moins confortable, sur des bancs au confort monacal, de l’arrivée des solistes. Mais puisqu’ils ont su faire oublier tout cela, c’est encore leur rendre hommage que d’en parler.


Danielle Pister