Mozart à Notre-Dame

La Jupiter de Mozart à quatre mains et quatre pieds


L’ultime symphonie de Mozart, la célèbre Jupiter, est un des must du répertoire des orchestres et les thèmes de ses quatre mouvements sont dans la tête de tous les mélomanes. Or, on vient d’assister à une rareté, sa transcription pour orgue à quatre mains et quatre pieds, réalisée par Philippe Delacour et Bernhard Leonardy, jouée dans le cadre du Festival « Orgues sans frontières » à l’église Notre-Dame de Metz, et dont le fondateur est le titulaire de la tribune. On pouvait penser que sa transposition serait lacunaire et qu’elle ne tiendrait pas la route en regard de son orchestration initiale. Mais son audition aura permis pour le moins une découverte d’écriture ainsi qu’une auscultation du Cavaillé-Coll-Mutin qui, depuis son relevage général de 1983, avait connu des avatars multiples entre infiltrations, brisure de vitrail et autres dommages causés par la pose d’une grande verrière. Or, en prenant le pouls de ses bourdon, prestant, plein-jeu et autre salicional, force est de constater que l’instrument conserve, grâce à ses révisions indispensables, une santé que peuvent lui envier quelques historiques consoles messines qui servent au casuel mais sont muets au récital.

ORGANISTES HABILES ET PRÉCIS

Bien sûr, pour la Jupiter, les cordes font défaut bien qu’imitées par les gambes et les jeux de flûte, mais le tonus symphonique de la tribune s’est révélé dès l’Allegro vivace, énergique, brillant, triomphal, avec ses clairs jeux de trompettes et ses robustes pleins jeux. On sera plus circonspect à l’Andante dont le cantabile apparaît un tantinet poussif, ce qui pourrait être dû à un léger empoussiérage des basses qui détonnent un peu. Nonobstant, on appréciera les subtiles variations autour du thème principal du Minuetto. Mais où les duettistes ont réussi leur exploit, c’est au Molto Allegro, ce chef d’œuvre contrapuntique dont ils ont réussi à entrecroiser les quatre thèmes en une énonciation identique, alliant leur forme sonate au fugato. Les jeux de pédalier, partagés entre les deux confrères, avaient été ajustés de telle sorte qu’aucun des deux ne se marche…sur les pieds.

La symphonie avait été précédée d’un Concerto de Bach dédié au Prince de Saxe Weimar, transcrit pareillement, et d’un  Thème et variations de C.-M. von Weber, au caractère religieux d’une intime douceur avant son émancipation.

Hélas, ce qui a pu surprendre, c’est la désaffection du public, le concert étant quasiment passé inaperçu. Alors que la reviviscence du patrimoine organistique messin a connu plusieurs phases encourageantes au siècle dernier avec les relevages complets (Nollet, Mülhausen, Cavaillé-Coll, nid d’aigle de la cathédrale, etc.), Il semblerait que le problème se pose à nouveau aujourd’hui non sans inquiétude pour un certain nombre de tribunes historiques. Reste que ce Mutin, qui a donné à l’instrument sa physionomie imposante avec ses deux vastes tourelles latérales et qui occupe toute la largeur de la nef, est, à ce jour, l’essentiel témoin de la facture romantique française et sur lequel on peut s’appuyer pour défendre et restituer le répertoire spécifique qui est le sien.

Il est, en tout cas, urgent de ne pas attendre.

 

Georges MASSON