Un Puccini rare à Nancy

La Rondine à l’Opéra National de Lorraine


Dans le cadre de l’association Nancy Opéra Passion, José Cura a donné, entre 2007 et 2010, des Master Classes destinées à faire connaître de jeunes chanteurs de toutes nationalités. Après un concert de solidarité avec les sinistrés du Japon, en 2011, le célèbre ténor a choisi de monter La Rondine de Puccini, à l’Opéra National de Nancy, du 6 au 15 mai 2012. Il en assurait, outre la direction d’orchestre, la mise en scène, ainsi que la conception des décors et des costumes. Tous les interprètes, dont certains furent lauréats des saisons précédentes, sont encore au début de leur carrière scénique. L’œuvre choisie n’est pas la plus connue de Puccini. Composée entre La Fanciulla del West (1910) et Il trittico (1918), elle est en fait une commande du Carl-Theater de Vienne, en 1913, pour un opéra portant sur un sujet léger à la Johann Strauss. La guerre empêchera la réalisation du projet et l’œuvre sera créée, en 1917, à l’Opéra de Monte-Carlo.

José Cura déplace l’époque de l’action dans l’Entre-deux-guerres. La stylisation des décors, le choix des éclairages créent une atmosphère qui oscille entre réalisme et poésie. L’histoire n’est pas sans rappeler celle de La Traviata, celle d’une courtisane, à la recherche du grand amour, qui s’éloigne du jeune homme qu’elle aime et qui l’aime, à cause de son passé. On y retrouve, notamment avec le personnage du poète Prunier, comme un souvenir de La Bohème. D’ailleurs, le deuxième acte, dans les deux opéras, se passe dans un lieu public célèbre de Paris, ici le Bal Bullier qui n’est pas sans rappeler le Café Momus de l’œuvre précédente, où se côtoient poètes, étudiants et demi-monde.

La direction de José Cura met en valeur le lyrisme de la partition qui, sans jamais tomber dans le tragique, imprègne de mélancolie même les moments de gaieté, soulignant, comme toujours chez Puccini, la fragilité du bonheur. Il donne beaucoup de vie aux ensembles très bien réglés. Deux distributions différentes se partageaient les représentations. Le 13 mai, Gabrielle Philiponet incarnait Magda, « l’Hirondelle », avec autorité et sensibilité. La voix puissante, aux belles inflexions, se déployait avec bonheur dans l’aria célébrissime, Chi il bel sogno di Doretta. Si l’on tient compte de ses réelles qualités de comédienne, on peut saluer une prestation particulièrement réussie. Mickel Spadaccini, Ruggero, le jeune amant, a une voix moins souple, qui manque parfois de charme. Mais il incarnait assez bien le désarroi du jeune homme idéaliste et un peu naïf. Abdellah Lasri, le poète Prunier, possède un timbre plus séduisant. Il formait, avec Norma Nahoun, la soubrette Lisette, un couple amusant, et bien chantant. Marc Scoffoni, le vieux protecteur, donnait des allures de père noble à son personnage. Le reste de la distribution était à la hauteur de la qualité de l’ensemble de la représentation. Le mérite en revient, au-delà des talents de chacun, au sens très sûr du spectacle du maître d’œuvre, le charismatique ténor-chef d’orchestre et musicien de qualité, José Cura, qui sait insuffler son enthousiasme à toute la troupe. Saluons, comme elle le mérite, l’initiative de l’association Nancy Opéra Passion, qui permet de découvrir ces jeunes, mais déjà sûrs, talents.

 

Danielle Pister, Vice-présidente du Cercle lyrique de Metz.