Concert « Soolidarité Japon »

 Concert « Solidarité Japon »

Opéra national de Lorraine, 4 septembre 2011

 

Depuis 2007, à l’invitation de l’Association Nancy Opéra Passion, présidée par Jacques Delfosse, l’Opéra National de Lorraine ouvre sa saison lyrique avec la venue de José Cura. Le ténor argentin, également chef d’orchestre, anime publiquement des Master classes, suivies d’un concert de clôture avec ses élèves. Ces derniers devant se produire en mai 2012, à Nancy, dans La Rondine de Puccini, dans une production entièrement confiée à José Cura (mise en scène, décors, costumes et direction d’orchestre), le rendez-vous du 4 septembre 2011 a rassemblé les lauréats des saisons précédentes pour un concert-anniversaire. Comme l’ont rappelé Jacques Delfosse et le représentant du gouvernement japonais avant le début de cette prestation, après le terrible séisme survenu il y a quelques mois dans ce pays, il a été décidé de reverser les bénéfices de ce récital, rebaptisé « Solidarité Japon », à la Croix Rouge Japonaise.

Le programme comprenait, pour le plus grand plaisir du public, des pages célèbres du répertoire lyrique français et italien, accompagnées par l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, sous la direction de son jeune et talentueux nouveau chef, Tito Muñoz. Trois chanteurs confirmés –outre José Cura, Hiromi Omura et Bruno Praticò-, apportaient le soutien de leur talent aux jeunes lauréats.

De façon très opportune, le concert s’ouvrait et se clôturait par deux duos de Madame Butterfly, incarnée par la jeune soprano japonaise, Hiromi Omura à la carrière déjà internationale et habituée de la scène lorraine où elle a chanté la comtesse Almaviva des Noces de Figaro au mois de mai dernier. Les qualités de sa voix, comme la sensibilité de son interprétation, s’épanouirent dans le rôle de Desdemona (Air du saule et Ave Maria de l’Otello de Verdi). Son timbre et sa belle ligne vocale ne sont pas sans rappeler la jeune Tebaldi.

Bruno Praticò, habitué des rôles de basses bouffes de Rossini -il a reçu le « Rossini d'oro », à l'issue du festival de Pesaro en 1998-, de Donizetti et de Cimarosa, a enchanté, tant par la qualité de sa voix que par sa verve comique, le public de Nancy qui le connaît bien. Les rôles de Don Magnifico et de Dulcamara étaient propres à mettre en valeur le brio de ses interprétations. Dans son duo avec Adina, de L’Elisir d’amore, il était accompagné par Eva Ganizate (Master classe José Cura 2009) qui fit preuve de beaucoup d’esprit et de charme dans ce rôle, comme auparavant dans celui de Musetta.

Le baryton panaméen Ricardo Velasquez (Master classe J. Cura 2010) a déployé tous les charmes d’une voix typiquement verdienne, que le public salua vivement, dans les adieux de Posa à Don Carlo.

Vincent Delhoume (Master classe J. Cura 2010), a moins convaincu dans le lied d’Ossian de Werther, notamment à cause d’une articulation parfois un peu curieuse. Effet du tract ? Si le timbre d’Avi Klemberg (Master classe J. Cura 2007) est séduisant, son interprétation de « La Donna e mobile » reste un peu mécanique.

Marie Kalinine (Master classe J. Cura 2009) ouvrait et clôturait la première partie du programme dans les deux duos de Madama Butterfly et de Cavalleria Rusticana, avant le grand air de Dalila, dans la seconde partie. Sa voix de mezzo-soprano est bien conduite, l’articulation est claire et on sent un tempérament dramatique qui devrait se confirmer à la scène.

Deux très belles basses, le Tchèque Josef Skarka (Master classe J. Cura 2010), comme le Français Jean Vincent Blot (Master classe J. Cura 2009) rappelèrent combien l’Europe centrale et la France ont toujours été des terres de prédilection pour ce type de voix. Florian Cafiero (Master classe J. Cura 2010), nous ramenait au Japon avec Pinkerton dont il traduisit, avec sensibilité, les remords tardifs.

Marie Adeline Henry (Master classe J. Cura 2009), justement ovationnée par la salle, fit preuve d’une autorité et d’une vigueur vocales admirables dans le redoutable « Divinités du Styx » de l’Alceste de Gluck dont elle déjoua avec aisance toutes les difficultés.

Le public lorrain commence à bien connaître Julien Dran puisqu’il fut de la recréation de L’Attaque du moulin d’Alfred Bruneau, à Metz, en 2010, et participa, la saison dernière, à Carmen, coproduite par les deux opéras lorrains. Il ouvrira bientôt la saison, à Metz, dans le rôle de Fenton de Falstaff. En choisissant le redoutable air de Tonio de La Fille du régiment, où se sont illustrés Luciano Pavarotti et Alfredo Kraus, hier, Juan Diego Flórez aujourd’hui, le dernier rejeton de la lignée Dran a prouvé qu’il chassait de race.

On ne saurait oublier le parrain de ce concert, José Cura : en duo avec Hiromi Omura et Marie Kalinine, ou dans le bis final tiré de Turandot, le ténor argentin surjoua quelque peu son personnage. On ne peut nier son charisme et son côté extraverti réjouit toujours le public. On en oublierait presque une voix qui barytonne de plus en plus et trahit un certain vibrato qui envahit le registre aigu.

Mais l’assistance n’était pas là pour bouder son plaisir : elle goûta la reprise du « Nessun dorma » par les cinq ténors présents et manifesta sa gratitude à tous les interprètes, chanteurs, chef et orchestre par une standing ovation tout à fait justifiée. Le bonheur était d’autant plus grand pour le mélomane que, sur les dix lauréats présents, huit étaient Français, tous de bon niveau, certains exceptionnels. De quoi se sentir rassuré sur l’avenir du chant français. Pour ces raisons aussi, ce concert, en tout point mémorable, était une bonne action.

Merci à toute l’équipe de « Nancy Opéra Passion ». Et vivement le prochain numéro !

 

Danielle Pister