Puccini à Torre del Lago

FESTIVAL PUCCINI de TORRE DEL LAGO  - Août 2010

 

Il y a une dizaine d’année, le Cercle Lyrique de Metz avait programmé un déplacement sous la houlette de Daniel Vorms au Festival Puccini à Torre del Lago, une villégiature située en bordure du Lac de Massacuiccoli non loin de Viareggio, en Toscane,  où le compositeur s’était fait construire une villa de campagne où il écrivit, entouré de ses librettistes attitrés, la plupart de ses opéras.

Cette villégiature est située non loin de Lucques qui était la ville natale de la famille de PUCCINI et l’on peut visiter dans ces deux endroits les lieux familiers que fréquenta le maître et voir le piano duquel jaillirent tant de brillantes mélodies qui firent la réputation de ce compositeur.

Autant dire que cet endroit est tout entier dédié à la mémoire du maître et l’on peut, par petits groupes, visiter la villa qu’il habitât avec sa famille et découvrir les innombrables souvenirs qui peuplent les pièces de cette maison très agréable car située en bordure du lac.

Il y a dix ans, le théâtre qui servait au festival - tout entièrement dédié aux œuvres du maître - était relativement rustique. Les gradins en bois étaient assez inconfortables mais l’ambiance était chaleureuse et ‘l’on pouvait, à l’entracte, déguster un verre de vin italien dans les jardins attenants ou près des rives du lac.

En 2008, la Fondation PUCCINI rénova le lieu pour en faire un théâtre en plein air moderne doté des derniers perfectionnements techniques même s’il est toujours orienté directement face au lac qui sert en quelque sorte de fond de scène. Il peut accueillir 3000 spectateurs qui viennent des quatre coins de l’Italie mais aussi du monde entier pour voir les productions choisies dans le catalogue du compositeur exclusivement. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’autres opéras que ceux de PUCCINI représentés à Torre del Lago.

 

Il faut dire que cette rénovation s’imposait puisque lors de notre passage à ce festival durant la représentation de Manon Lescaut une partie du décor s’était effondré......sur la fosse d’orchestre.....fort heureusement pendant l’entracte! Ce qui donna lieu à un imbroglio terrible: la représentation fût interrompue puis reprise après deux heures de tractations avec les musiciens qui refusaient - on peut les comprendre - de continuer à jouer dans ces conditions. Nous sortîmes de cette mémorable représentation à 3H du matin!

J’ai pu voir trois oeuvres lors de ce nouveau voyage.

D’abord un Turandot où le parti-pris du metteur en scène avait été de réduire la dimension spectaculaire de l’opéra pour aller vers un drame beaucoup plus intimiste et plus psychologique en centrant la dynamique de l’œuvre sur la relation entre les trois protagonistes principaux de l’oeuvre: la Princesse, Calaf et Liu. Créé deux ans après la mort de PUCCINI qui laissa l’opéra inachevé; c’est une œuvre un peu déroutante dans la mesure où le compositeur rompt quelque peu avec la veine intimiste et psychologisante qui a été sa marque de fabrique et l’on peut quelque fois avoir l’impression que le monumentalisme des scène cache un peu la pauvreté de la psychologie des personnages.

Le second opéra était Tosca dans une mise en scène tout à fait classique respectant à la lettre les habituelles façons de le mettre en scène: les chandeliers et le crucifix lors de la mort de Scarpia, le saut final de la cantatrice..... Si l’on pouvait admirer et se laisser charmer par la voix de Tosca d’une très belle facture de soprano; il n’en fût pas de même du ténor qui tenait le rôle de Caravadossi et qui eut bien du mal à tenir son premier grands air et pas du tout le second et qui n’avait, je crois, plus l’âge du rôle.........

Nous terminâmes cette trilogie par une Madame Buterrfly éblouissante où, à la différence de la précédente œuvre, la mise en scène avait été conçue dans une optique moderne, dépouillée, très symbolisée mais très élégante. Ainsi, lorsque Cio-Cio-San prépare ce qu’elle croit être le retour de Pinkerton de belles jeunes filles viennent inonder la scène de pétales de fleurs dans un ballet fort gracieux qui - soit dit en passant - permet à la fort agréable cantatrice de se concentrer sur son chant. Et tant du côté de Cio-Cio-San que de Pinkerton nous eûmes droit une à une distribution homogène et totalement “dans” le spectacle. L’ ovation qui les salua à la fin de l’œuvre vint témoigner de l’engouement du public qui finalement ne se trompe pas lorsqu’on lui propose une œuvre certes modernisée mais qui respecte à la lettre l’esprit de l’œuvre et la qualité du chant et de la musique.

Quand on y ajoute la magie des étoiles et la douceur du soir italien sur les bords du lac, on ne peut que repartir enchanté de cette parenthèse estivale puccinienne.

Jean-Pierre VIDIT