Shirley Verrett (1931-2010)

SHIRLEY VERRETT (1931-2010)

 

 

 

Quelques jours, à peine, après Joan Sutherland, s’éteignait une autre grande voix d’opéra de ces dernières décennies. La cantatrice américaine Shirley Verret est en effet décédée le 5 novembre dernier dans sa résidence d’Ann Arbor, dans l’état du Michigan, USA.

Les amateurs d’art lyrique se souviennent essentiellement de son incarnation de Lady Macbeth dans l’œuvre éponyme de Verdi, d’abord à la Scala de Milan, en 1975, sous la direction de Claudio Abbado, ensuite, au cinéma, en 1987, filmée par Claude d’Anna et dirigée musicalement par Ricardo Chailly. Mais réduire l’artiste à ce rôle serait fâcheusement réducteur.

Shirley Verrett est née en 1931 à La Nouvelle Orléans dans une famille marquée par la rigueur morale de la communauté des « Adventistes du Septième Jour ». Elle connut donc ses premières émotions musicales en fréquentant le temple dominical, comme la plupart de ses consœurs américaines issues de la minorité noire. Shirley Verrett s’inscrit, en effet, au sein d’une longue série de cantatrices de couleur, originaires des Etats du Sud, formées par la pratique de la liturgie protestante et dont la doyenne fut Marian Anderson. Dans ses mémoires publiés en 2003 mais, hélas, non disponibles en français, I Never Walk Alone, Shirley Verrett exprime l’admiration qu’elle éprouve pour cette grande aînée qui fut longtemps cantonnée dans une carrière de récitaliste, à cause de la ségrégation raciale. Rappelons en effet que Marian Anderson, qui avait accueillit le Général De Gaulle à New York, en 1944, en chantant une Marseillaise mémorable, ne fut admise au Metropolitan de New York qu’en 1955, à presque 60 ans, pour incarner l’Ulrica du Bal Masqué sous la direction de Mitropoulos. Shirley Verrett souffrit également de préjugés raciaux, en début de carrière, empêchée de participer à la production des Gurre-Lieder de Schönberg, sous la direction de Stokowski, à Houston, Texas, en 1959.

La carrière de Shirley Verrett, d’abord modeste à la fin des années 1950, aux Etats-Unis, ne devait pas tarder à décoller sur le Vieux continent, à Londres, Milan, Hambourg, plus tardivement, Paris (1973).

La cantatrice devait incarner la plupart des grands rôles de mezzo verdiens, tels qu’Azucena du Trouvère, Ulrica du Bal Masqué, Eboli de Don Carlos, Amneris d’Aïda. Comme sa consœur Grace Bumbry, elle devait aborder également des rôles de soprano et passer ainsi d’Adalgisa à Norma, dans le chef-d’œuvre de Bellini. Carmen, à Londres, sous la direction de Solti, Leonore de Fidelio, Médée, Santuzza, Iphigénie sont d’autres jalons d’une très grande carrière. En juillet 1989, à l’ouverture de l’Opéra Bastille, Shirley Verrett participa à la production inaugurale des Troyens d’Hector Berlioz.

Une discographie riche et de qualité rend pleinement justice à cette grande artiste.

Avec Leontyne Price, Grace Bumbry, Jessye Norman, Barbara Hendricks, Shirley Verrett a donné ses lettres de noblesse à cette grande école de chant issue du creuset protestant et afro-américain.