Margaret Price (1941-2011)

Disparition de Margaret Price (1941-2011) 

 

 

 

La soprano galloise, Dame Margaret Price, a disparu le 28 janvier 2011, quelques semaines avant son 70ème anniversaire, d’un arrêt cardiaque. Elle souffrait depuis sa naissance d’une grave déformation des jambes. Elle s’était imposée dans les répertoires mozartien, straussien et verdien, ce qui lui valut, il y a quatre ans, d’être classée par BBC Music Magazine à la huitième place d’un Top 20 des grandes sopranos du XXe siècle, derrière notamment Maria Callas, Joan Sutherland et Victoria de Los Angeles.

 

DES DÉBUTS DIFFICILES ET ÉCLATANTS

Bien qu’appartenant à une famille mélomane, elle dut vaincre l’hostilité de son père quand, repérée par le professeur de musique de son établissement scolaire, ce dernier lui proposa de venir étudier le chant au Trinity College de Londres. Elle rejoint alors les Ambrosian Singers, et elle apparaît notamment à leurs côtés en 1961 sur la bande originale du film Le Cid avec Charlton Heston. Formée comme mezzo-soprano, elle débute, en 1962, dans le rôle de Chérubin des Noces de Figaro de Mozart, au Welsh National. Auditionnée au Covent Garden, elle se voit, par deux fois, refuser tout engagement par Georg Solti, alors directeur musical du Royal Opera. Mais en 1963, elle remplace Teresa Berganza qui a déclaré forfait en dernière minute. A 22 ans, elle devient célèbre du jour au lendemain.

 

UNE MOZARTIENNE ACCOMPLIE ET ÉCLECTIQUE

Suivie par le pianiste et chef d’orchestre écossais, James Lockhart, qui sera souvent son accompagnateur, elle change de tessiture et devient une des sopranos lyriques les plus en vue des années 1970-80, notamment dans Mozart (Pamina, Konstanze, Fiordiligi, La Comtesse).Son premier enregistrement, en 1971, fut celui de Fiordiligi dans Cosi fan tutte, le dernier enregistrement lyrique d’Otto Klemperer. A l'occasion du bicentenaire des Etats-Unis en 1976, l'Opéra de Paris fit une tournée exceptionnelle avec les Noces de Figaro, dans la production de Giorgio Strehler. Pour sa première prestation au Metropolitan Opera, Margaret Price, engagée à l’Opéra Garnier par Rolf Liebermann qui la considérait comme l'une des plus grandes chanteuses mozartiennes de son époque, y chantait la Comtesse sous la direction, petite revanche du sort, de Sir Georg Solti. Revenu de ses préventions anciennes, celui-ci enregistra avec elle un Don Giovanni, un Otello et Un Bal masqué remarqués. Dans le répertoire verdien, elle interpréta Aïda, Desdémone et Elisabeth (Don Carlos). Elle fut une grande Ariane à Naxos de Richard Strauss dont elle a chanté également, en 1989, Salomé. Ajoutons son Adriana Lecouvreur très lyrique. Elle consacra une partie de son activité aux lieder (Schubert, Schumann, Strauss et la Seconde école de Vienne). Au disque, son Isolde, rôle qu’elle n’a jamais chanté à la scène, dans l’intégrale de Tristan et Isolde dirigée par Carlos Kleiber, a marqué une date importante de l’histoire de l’enregistrement de cette œuvre.

 

UNE MUSICIENNE RECONNUE

Appréciant peu les voyages, elle a toujours passé la majeure partie de l'année sur une scène principale : d'abord Covent Garden, ensuite l’opéra de Cologne, puis le Bayerische Staatsoper, à Munich, de 1971 à 1999. On lui reprocha « d’être quelqu’un de difficile », car elle exigeait toujours « les meilleures conditions possibles pour travailler ». La qualité de sa contribution à l’art lyrique lui a valu d’être nommée Bayerische Kammersängerin, Commander of the Order of the British Empire en 1982 et Dame Commander of the Order of the British Empire en 1993.