Joan Sutherland (1926-2010)

Disparition de Joan Sutherland (1926-2010)

 

 

Joan Sutherland vient de mourir en Suisse peu avant son quatre-vingt-quatrième anniversaire. Elle s’était imposée sur toutes les grandes scènes comme la grande spécialiste du Bel Canto italien mais aussi haendélien. L’étendue de sa voix puissante, sur presque trois octaves, alliée à une extraordinaire agilité et à un brio extrême dans la colorature, lui valut le surnom de « la Stupenda », la Stupéfiante ou la Magnifique, après une représentation de l’Alcina de Händel à la Fenice de Venise en 1960. On lui pardonnait une articulation assez molle, un timbre sans charme particulier et un engagement dramatique conventionnel, surtout si on la compare à Maria Callas à son zénith.

Née le 7 novembre 1926, à Sydney, elle prend ses premières leçons auprès de sa mère, pianiste et mezzo-soprano, dès l’âge de cinq ans. Elle fait ses débuts dans Didon et Enée de Purcell en 1947, puis elle quitte l’Australie pour parfaire sa formation à Londres. C’est là qu’elle rencontre un jeune pianiste qui deviendra son mentor et son mari, en 1954, Richard Bonynge. Il comprend qu’elle fait fausse route en se destinant aux rôles dramatiques, notamment wagnériens (elle admirait Kirsten Flagstad), et la fait travailler pour conquérir le registre aigu et sur-aigu qui fera sa réputation.

Après des débuts modestes au Covent Garden (Première Dame de La Flûte enchantée en 1952, Clotilde dans Norma aux côtés de Maria Callas, en 1953). La même année, elle a l’honneur de participer à la création de l’opéra de Benjamin Britten, Gloriana à l’occasion du couronnement d’Elisabeth II d’Angleterre Très vite, elle chante La comtesse des Noces de Mozart, Verdi, voire Wagner (Eva). Mais c’est dans une mise en scène de Franco Zeffirelli, qu’elle triomphe en 1959, sur la scène de Covent Garden, dans le rôle de Lucia di Lammermoor, où l’on pensait alors Maria Callas insurpassable. Cette dernière avait assisté à la générale et lui prédit une belle carrière, tout en rappelant que, dans ce répertoire, elle-même restait la meilleure des deux. C’est dans ce rôle que Paris la découvre en avril 1960.

Le monde entier alors la réclame. Un contrat d’exclusivité avec la firme discographique Decca lui permet de graver une quarantaine d’enregistrements prestigieux avec de brillants partenaires, sous la direction presque exclusive de Richard Bonynge, à partir de 1962. C’est elle qui lance la carrière internationale de Luciano Pavarotti en compagnie duquel, et de Marilyn Horne, elle fera l’une de ses dernières apparitions scéniques, le 31 décembre 1990, à Londres, dans La Chauve-Souris de Johann Strauss. Car, outre ses qualités artistiques, elle était une femme de cœur, toujours attentive aux jeunes artistes ; d’un caractère ouvert et rieur qui n’a jamais abandonnée la simplicité de son Australie native, malgré son anoblissement en 1979 par la reine d’Angleterre.

Avec l’appui de son époux, elle a eu le mérite de sortir des Bellini et Donizetti où elle excellait, notamment, pour ressusciter des ouvrages négligés du répertoire français comme Les Huguenots de Meyerbeer ou Esclarmonde de Massenet qu’elle considérait comme l’un de se ses meilleurs enregistrements.

Elle a consacré ses années de retraites à des masters classes et à des participations à des jurys de concours de chant. Elle a publié une biographie en 1997, The Autobiography of Joan Sutherland: A Prima Donna's Progress.

En 2004, le prix du Kennedy Center lui est décerné pour l’ensemble de sa carrière. En 2006, elle a reçu le Grand prix de l'académie Charles-Cros pour l'ensemble de sa carrière discographique. Elle est une des cantatrices ayant eu la carrière la plus longue et ses enregistrements de studio sont des best-sellers, pour la plupart.

Une des très grandes voix de la seconde moitié du vingtième siècle vient de s’éteindre. Ce n’est pas sans un pincement au cœur que l’on pensera à cette période où l’art vocal importait plus que les élucubrations des metteurs en scène actuels.