Les 80 ans de Mady Mesplé

Les quatre-vingts ans de Mady Mesplé

 

 

Gilda de Rigoletto   

 

DES RACINES TOULOUSAINES

Née le 7 mars 1931 à Toulouse, Mady Mesplé appartient à cette génération de chanteurs qui ont illustré, avec éclat, l’art du chant français sur les grandes scènes internationales : Robert Massard (1925), Suzanne Sarroca, Régine Crespin (1927), Alain Vanzo, Andrea Guiot (1928), Jane Berbié, son exacte contemporaine, avec laquelle elle a étudié le piano au conservatoire de Toulouse. Tous furent ses partenaires et amis.

En bonne toulousaine, elle a toujours rêvé de chanter. Mais elle apprend d’abord le piano. Celle qui deviendra la belle-sœur, puis la seconde épouse d’André Malraux, la concertiste Madeleine Malraux, sera parmi ses maîtres. Elle lui préfère l’épouse du célèbre pionnier de l’aviation française, Didier Daurat, qui saura la mener jusqu’à un premier prix de piano à l’âge de 15 ans. Faute de moyens financiers pour continuer ses études au Conservatoire de Paris, la jeune fille devient accompagnatrice dans un orchestre de dancing et pour des artistes de variétés, comme Armand Mestral ou Pierre Doris, de passage dans la Ville Rose.

LES ANNÉES DE FORMATION

Ses professeurs de piano lui ayant interdit de chanter pendant toute son adolescence, malgré des dons précoces, ce n’est qu’à 18 ans qu’elle revient au Conservatoire de Toulouse pour travailler sa voix. Elle étudie avec une cantatrice d’origine belge, elle-même épouse d’un ténor, Louis Isard, alors directeur du Capitole de Toulouse. Grâce à leur appui, elle passe une première audition au théâtre de Liège, dirigé par le grand ténor André d’Arkor. Il l’engage aussitôt pour chanter Lakmé en 1953. Elle a 22 ans. Elle aura l’occasion d’aborder pour la première fois sur cette scène la plupart des rôles de son répertoire : Gilda, Rosine, Olympia. Peu à peu, elle est invitée à la Monnaie de Bruxelles et dans les théâtres de Province (entre autres à Metz en 1962) et d’Afrique du Nord, dans ses rôles phares : il faut ajouter à ceux déjà cité la Philine (Mignon), Leila (Les Pêcheurs de perles), Juliette (Roméo et Juliette), Ophélie (Hamlet), Dinorah (Le Pardon de Ploërmel), Manon, Sophie (Werther), Amina (La Sonnambula), Norina (Don Pasquale).

UNE CARRIÈRE FRANÇAISE, DES GRANDS RÔLES ROMANTIQUES AU RÉPERTOIRE CONTEMPORAIN

 L’Opéra de Paris lui ouvre ses portes en 1956. Elle choisit Janine Micheau comme professeur. Son répertoire de colorature s’enrichit du rôle de Sœur Constance, créé par Liliane Berton, dans les Dialogues des Carmélites. Elle participe également aux Indes galantes. Repérée par Gabriel Dussurget, fondateur en 1948 du festival d’Aix-en-Provence, elle y interprète Menotti (Le Téléphone) et Grétry (Zémire et Azor). Elle y reviendra en 1962 pour Les Noces de Stravinski et en 1966 pour la Zerbinetta d’Ariane à Naxos.

En 1960, au Palais Garnier, elle a le redoutable honneur de succéder à Joan Sutherland dans Lucia di Lammermoor dont la cantatrice australienne n’avait assuré que quelques représentations, rôle qu’elle chante dans la tonalité originale en Fa. Ce succès lui vaudra d’être invitée l’année suivante, dans la même œuvre, au Covent-Garden.

Le 29 décembre 1960, elle est à l’affiche de la 1500ème reprise de Lakmé à l’Opéra-Comique : ce privilège avait été réservé, pour son 42ème anniversaire, à Mado Robin, décédée dix-neuf jours plus tôt, emportée par un cancer, après avoir espéré jusqu’au bout pouvoir assumer cette prestation. Mady Mesplé se place ainsi dans la continuité d’un art du chant français, héritier d’un répertoire aujourd’hui trop négligé. Mais elle est aussi fille de son temps, marqué par la révolution callasienne : l’interprète doit rendre son personnage crédible par son apparence physique (la nature l’a dotée d’atouts incontestables pour incarner les diaphanes héroïnes romantiques de sa tessiture) et par son jeu scénique. Elle formait ainsi un couple inoubliable avec Robert Massard dans le dramatique duo du troisième acte de Rigoletto.

Ouverte au répertoire contemporain, Mady Mesplé a non seulement créé des opéras de Henri Tomasi (Princesse Pauline, 1962), de Gian Carlo Menotti (Le Dernier Sauvage, 1963) mais aussi des œuvres Betsy Jolas (en 1971, à Metz, on put l’entendre dans ce répertoire, salle Braun), Charles Chaynes, Patrice Mestral, Yves Prin. On lui doit la création en langue française, en 1965, de l'Élégie pour jeunes amants (Elegie für junge Liebende) de Hans Werner Henze. Preuve de ses qualités de musicienne, l’exigeant Pierre Boulez lui a demandé à plusieurs reprises de chanter L’Échelle de Jacob de Schönberg et L’Enfant et les sortilèges de Ravel, notamment à Londres.

UNE NOTORIÉTÉ INTERNATIONALE

Rapidement, l’étranger fait appel à elle : Londres, Rome, Vienne (où malgré l’accueil favorable du public, le Volksoper accepta mal qu’une française chante la Reine de la nuit), Barcelone, Montréal, Miami, Chicago, Buenos Aires, Lisbonne. Outre les grandes capitales européennes, elle parcourt les principales villes des pays de l’Est. La même année, 1972, elle chante au Metropolitan Opera et au Bolchoï. Tokyo l’accueille également.

Tout en continuant à participer à de prestigieuses reprises comme celle des Contes d’Hoffmann, mis en scène par Patrice Chéreau en 1975, à l'Opéra de Paris sous l’ère Lieberman, elle se consacre également au récital de mélodies, ce qui l’amène à parcourir l’un et l’autre continent.

Peu à peu, elle s’éloigne de la scène qu’elle quitte en 1985 pour se consacrer de plus en plus à l’enseignement. Elle a exercé dans différents Conservatoires Nationaux de Région et à l’École Normale de Musique de Paris. Elle a organisé de nombreuses master-classes, fait partie de jurys internationaux. Elle est la Présidente d'honneur de l'Association des Pierres Lyriques, dont la vocation est de promouvoir l'art lyrique en Béarn et qui a déjà produit plusieurs opérettes.

Elle a connu, ce qui est rare en France pour un artiste lyrique, une certaine popularité, grâce à ses participations aux émissions télévisées de Jacques Martin le dimanche après-midi et à la Chance aux chansons de Pascal Sevran. Preuve de cette notoriété, en 2009, ce fut la voix de Mady Mesplé dans l’air des clochettes de Lakmé qui accompagna le feu d’artifice destiné à célébrer les 120 ans de la Tour Eiffel. La cantatrice a été élevée à la dignité de grand officier dans l’Ordre National du Mérite.

Mais si sa carrière a pu la combler, les épreuves ne l’ont pas épargnée : disparition subite de sa fille unique âgée de 32 ans et depuis dix ans, lutte contre la maladie de Parkinson. Elle est devenue, en 2010, la marraine de l’Association France Parkinson. Récemment a paru un livre, La Voix du corps dans lequel elle raconte sa carrière et son combat quotidien pour maîtriser les progrès du mal qui l’immobilise peu à peu.