Les 70 ans de Júlia Várady

Les 70 ans de Julia Varady

 

 

Júlia Várady, de son vrai nom Tözsér Júlia, est née le 1er septembre 1941, dans une famille hongroise, à Nagyvárad (aujourd’hui Oreada), en Transylvanie, cette région de culture magyare, cédée à la Roumanie par le traité de Trianon, en 1920, et récupérée très provisoirement par la Hongrie au début de la seconde guerre mondiale. Elle commence l’étude du violon à l’âge de six ans à l'École de musique de Cluj, puis le chant à quatorze ans, qu’elle perfectionnera ensuite au Conservatoire de Bucarest. Elle découvre les enregistrements de Maria Callas et de Dietrich Fischer-Dieskau dont elle admire déjà le style, l'articulation, la présence vocale.

Elle revient à Cluj en 1962 pour ses débuts sur scène. Elle chante aussi bien Orphée (Gluck) Chérubin, Dorabella ou Fiordiligi (Mozart) que Liu (Puccini). L’étendue de sa voix lui permet de chanter pendant dix ans, les rôles de soprano lyrique, de soprano dramatique, de mezzo-soprano et d'alto en Roumanie et à Budapest. Cette versatilité, qui peut rappeler celle de Callas, restera la spécificité de son talent, tout au long de sa carrière.

Grâce à la complicité du directeur de l'Opéra de Cluj, Julia Varady peut traverser les frontières roumaines, sévèrement fermées sous l'ère Ceausescu. Elle est immédiatement engagée en 1970 à l'Opéra de Frankfort, par Christoph Van Dohnanyi, puis à Cologne et en 1973, à l'Opéra de Munich, sa seconde maison avant de rejoindre le Deutsche Oper de Berlin.

Dès lors, elle adopte le répertoire allemand et élargit l'éventail de ses rôles (trente et un chantés à Munich), très divers sur le plan musical et dramatique : Vitellia (La Clémence de Titus), Lady Macbeth (Macbeth), Elettra (Idomeneo), Santuzza (Cavalleria Rusticana), Cio-Cio-San (Madame Butterfly), Liu (Turandot), Violetta (La Traviata), Leonora (La Forza del Destino), Elisabetta (Don Carlo), Aïda et Senta (Le Vaisseau Fantôme) Giulietta et Antonia (Les Contes d'Hoffman), Sieglinde et Brünnhilde (Le Ring), Tatiana (Eugène Onéguine), Judith (Le Château de Barbe-Bleue de Bartok), Micaëla (Carmen), le seul rôle français qu'elle a interprété sur scène. A Munich, pendant les répétitions d’Il Tabarro de Puccini, en 1974, sous la baguette de Sawallish, elle rencontre le baryton Dietrich Fischer-Dieskau qu'elle épousera en 1977. Dès lors, son mari devient son mentor et supervise la suite de sa carrière.

Cette dernière, devenue internationale, se poursuit sur toutes les grandes scènes lyriques : Deutsche Oper de Berlin, Covent Garden de Londres, Wiener Staatsoper, Scala de Milan, Met de New York, le Teatro Colón de Buenos Aires, Opéra Bastille (où elle aborde Abigaille en 1995). Julia Varady paraît aussi dans les festivals d'Edimbourg et de Salzbourg. Elle crée le rôle de Cordelia dans le premier opéra d’Aribert Reimann, Lear, avec le Bayerische Staatsoper. Julia Varady, en pleine possession de ses moyens, décide de quitter la scène en 1998, à l'âge de 57 ans pour se consacrer à l’enseignement. Mais elle a continué de se produire en concert jusqu'au 17 août 2003, où elle a chanté le Requiem allemand de Brahms au Festival de Salzbourg. Elle attribue sa longévité vocale au fait qu’elle n’a jamais cessé de chanter Mozart et Verdi.

Julia Varady, malgré sa notoriété, n’a pas occupé la place internationale, notamment au disque, que sa voix exceptionnelle, aux aigus éclatants et aux graves profonds, aurait dû lui valoir. D’autant plus, qu’elle a su maîtriser, par un travail intelligent et inlassable, ses atouts naturels. Ajouté à un instinct dramatique et musical très sûr, fondé sur la projection articulée du texte et l'approfondissement psychologique de ses personnages, son engagement impétueux a donné à ses interprétations un caractère toujours remarquable sur scène comme au disque. Son caractère bien trempé, comme le soin qu’elle a mis à choisir avec intelligence ses rôles et ses engagements, lui ont permis de garder sa voix et son timbre intacts sur toute la durée d’une longue carrière, mais ils l’ont amenée à tourner le dos au star system et à annuler de nombreux engagements. Ce qui lui a valu bien des critiques. Avec le recul, on mesure mieux son magnifique apport à l’art lyrique.

 

Danielle Pister