Jussi Björling (1911-1960)

Il y a eu cinquante ans…il y a cent ans...

 Jussi Björling (5 février 1911-9 septembre 1960)

 

Le touriste qui cherche l’entrée de l’Opéra royal de Stokholm, ne peut manquer d’avoir l’œil attiré par un buste qui orne la minuscule place qui longe son flanc gauche.

En s’approchant, il découvre un visage de marbre qui semble lui sourire. Le mélomane reconnaitra sans hésiter les traits du plus grand ténor, de Suède et du monde lyrique international, du XXème siècle : Jussi Björling. Il est l’objet d’une véritable vénération dans son pays natal et tous les disquaires de la capitale offrent la collection complète de ses enregistrements réalisés en studio et, encore plus nombreux, à la radio ou captés sur scène. Si sa vie fut brève, 49 ans (1911-1960), son activité artistique s’étala sur plus de quarante ans.

Pourtant, quand il disparaît le 9 septembre 1960, nombreux furent les Français qui apprirent son existence en lisant sa nécrologie. En effet, il n’est jamais venu chanter en France, malgré quelques projets avortés, et le disque était alors moins accessible au plus grand nombre qu’aujourd’hui. Opportunément un disque récital, réunissant les airs des plus connus des opéras français et italiens dans lesquels il s’était illustré, parut à ce moment là et ce fut, pour tous ceux qui l’entendirent pour la première fois, une découverte éblouissante.

Comment décrire le rayon de soleil qui illumine la voix ; la vaillance du registre aigu qui n’atténue en rien la douceur du timbre ; la pureté du legato qui charme l’oreille ; le sens musical parfait qui fait exception à une époque où le chant vériste a déjà brisé la voix d’un Di Stefano, son cadet de dix ans ? D’ailleurs, l’Italie où il se produisit, ne s’enthousiasma que modérément pour lui et lui préféra des voix plus éclatantes comme celle de Del Monaco. Björling touchait d’autant plus son auditoire que la sonorité chatoyante et mordorée qu’il faisait entendre, laissait deviner comme une faille intérieure que le chant seul semblait pouvoir combler. Et le mélomane aurait tout donné pour l’aider à apaiser cette douleur sourde.

Suite : « Les grands moments d’une carrière d’exception »