En 1951 : le Nouveau Bayreuth

Il y a 60 ans : le « Nouveau Bayreuth »

 Le 29 juillet 1951, le grand chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler, à peine blanchi par les tribunaux de dénazification, dirigeait la Neuvième Symphonie de Beethoven au Festspielhaus de Bayreuth. Ce concert de légende serait bientôt reporté en microsillon et deviendrait un best-seller. Dans l’immédiat, ce moment d’exception marquait la réouverture solennelle du Festival de Bayreuth après six années d'interruption.

Nous ne reviendrons pas sur la honteuse compromission du clan Wagner avec le régime national-socialiste. Dès 1933, le festival de Bayreuth fut instrumentalisé par le régime. En 1945, le palais du Festival ayant été, à peu de chose près, épargnée par les bombardements alliés, se posait l'avenir de l'institution. Pendant quelques années, Bayreuth servit de cadre à des galas de variétés pour les troupes d’occupation américaines. On n'y donna également, ponctuellement, des représentations de La Traviata et de Madame Butterfly. Pour que l'œuvre de Wagner fût donnée, de nouveau, dans son cadre original, il fallait obtenir l'éloignement de ceux qui avaient compromis, le plus gravement, Bayreuth avec le nazisme. La belle-fille de Richard Wagner, Winifred, épouse de son fils Sigfried, était essentiellement visée.

  

Dès le début des années 1920, elle avait été très proche d'Adolf Hitler, le soutenant financièrement au moment de la rédaction de Mein Kampf et lui rendant visite en prison au lendemain du coup d'État manqué de Munich en novembre 1923. Ces deux jeunes fils, Wieland et Wolfgang furent dispensés de servir dans la Werhmacht ; on raconte que lors des séjours du Führer à Bayreuth, l'un et l’autre s'adressaient à Hitler en l'appelant « oncle Wolf ». Toute réouverture du festival impliquait donc, nécessairement, une rupture radicale avec ce passé ignominieux.

 Wieland Wagner

Wieland et Wolfgang eurent le courage d'assumer cette rupture et parvinrent, en 1949, à éloigner leur mère de toute responsabilité. Avec l'accord des autorités alliées et du Land de Bavière, on put envisager un nouveau Festival Wagner pour l'été 1951. La plupart des artistes de l'ancienne génération furent écartés au profit d'étoiles montantes telles que Martah Mödl, Wolfgang Windgassen, Otto Edelmann, la jeune ElisabethSchwarzkopf, les suédois Astrid Varnay et Sigurd Björling, l'américain George London. Après la Neuvième Symphonie par laquelle Wagner avait, lui-même, inauguré le premier Festival, en 1876, on produisit Parsifal, deux cycles de la Tétralogie et Les Maîtres Cchanteurs de Nuremberg. Deux chefs d'orchestre se partagèrent la responsabilité musicale de l'ensemble : le vétéran Hans Knappertsbusch qui allait diriger le premier Ring et Parsifal ; et un Herbert von Karajan quadragénaire, et lui, aussi, récememnt dénazifié, qui commençait la carrière que l'on sait.  Karajan allait se distinguer dans le second Ring et dans Les Maîtres chanteurs. Si cette dernière production restait conventionnelle sur le plan de la scénographie, les quatre journées de la Tétralogie et Parsifal permirent à Wieland Wagner d'entamer une des plus belles carrières de metteur en scène d'après-guerre, fondée sur le dépouillement, le symbolisme, la maîtrise des éclairages et qui ne s'achèverait prématurément en 1966 que par le décès de l'intéressé. On débarrassait ainsi l'œuvre de Wagner de tous ses oripeaux et ce festival marqua les débuts de ce qu'il convient d'appeler le Nouveau Bayreuth (Das Neue Bayreuth).

 

Parsifal - 30 juilet 1951

S’ouvrait ainsi une nouvelle page de l'histoire de l'Opéra. Ce fut un événement considérable qui attira à Bayreuth les responsables des deux plus grandes firmes discographiques de l'époque, EMI et Decca. Il s'ensuvit une petite guerre technique et commerciale qui valût aux discophiles des enregistrements d'exception de Parsifal, des Maîtres Chanteurs et de fragments de la Tétralogie.

 

Jean-Pierre Pister