Elisabeth Grümmer (1911-1986)

Elisabeth Grümmer aurait eu 100 ans

 

 

 

 

La soprano Elisabeth Grümmer, née Schilz, le 31 mars 1911, à Niederjeutz (Basse-Yutz, près de Thionville) dans une famille allemande, installée en Alsace-Lorraine durant l'annexion à l'Empire allemand, et expulsée en 1919 après la fin de la Première Guerre mondiale et le retour des trois départements à la France.

La jeune fille commence par suivre des cours de théâtre. Après son mariage avec un violoniste dont elle gardera le nom à la scène, elle apprend le chant et attire l’attention de Karajan, alors directeur musical au théâtre d’Aix-la-Chapelle. Il l’engage, en 1940 pour interpréter la première Fille-Fleur dans Parsifal. Elle obtient un contrat comme première soprano à l'opéra de Duisburg, qu'elle quitta en 1944 pour celui de Prague. Elle perd son mari dans un bombardement et ne se remariera jamais.

Après la guerre, en 1946, Elisabeth Grümmer obtint un engagement, au Städtische Oper, futur Deutsche Oper, de Berlin. Elle s'y produisit pendant vingt-six ans, tout en apparaissant périodiquement sur d'autres scènes de renommée mondiale : Covent Garden, Scala de Milan, Vienne, Hambourg, Munich, Théâtre Colón de Buenos Aires (Donna Anna et Electra d’Idomeneo en 1963), Metropolitan Opera de New York (Elsa, 1967).

Elisabeth Grümmer limita son répertoire à un nombre restreint de rôles, à l’instar de sa collègue Schwarzkopf, chantant essentiellement en langue allemande. Sa voix puissante au timbre clair lui permit d’aborder un répertoire varié : Wagner (Elsa de Lohengrin, Elisabeth de Tannhaüser, Eva des Maîtres chanteurs de Nuremberg, Gutrune du Götterdämmerung), Weber (Agathe du Freischütz), Verdi (elle fut une Desdemona remarquée dans Otello). Elle aborda Octavian, puis la Maréchale, du Rosenkavalier de Strauss. Elle fut une fine mozartienne (Pamina de La Flûte enchantée, la Comtesse des Noces de Figaro et Donna Anna de Don Giovanni). Elle participa, avec Elisabeth Schwarzkopf, au célèbre Hansel et Gretel dirigé par Karajan. Récitaliste accomplie, elle a défendu la musique sacrée, (passions, cantates de Bach, Requiem allemand de Brahms), et le lied (dont les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss). Elle a participé à un certain nombre d’enregistrements, qui ont compté dans la discographie lyrique, sous la direction des Wilhelm Furtwängler, Erich Kleiber, Rudolf Kempe, André Cluytens, Hans Knapperbush. Son plus beau témoignage enregistré est sans doute l'incarnation d'Agathe dans Le Frischütz gravé, en 1958, sous la direction de Joseph Keilberth.

On peut voir et entendre sa Donna Anna dans deux Don Giovanni filmés, l’un à Salzburg et dirigé par Wilhelm Furtwängler en 1954 ; l’autre, chanté en allemand, avec Ferenc Fricsay à la baguette, pour la réouverture du Deutsche Oper, en 1961.

Elle devint professeur à la Musikhochschule de Berlin, en 1965. En 1986, elle fut nommée membre d’honneur du Deutsche Oper de Berlin, peu de temps avant sa mort, le 26 novembre de la même année, à Warendorf en Rhénanie -Westphalie.

Enfin, en cette année du bicentenaire de la naissance d’Ambroise Thomas à Metz, attardons nous sur une incarnation de Mignon qu’il sera intéressant de comparer avec celle de Jeanne Rhodes  : dans la langue de Goethe, notre cantatrice mosellane y brille d’un éclat particulier.


air de Mignon par Elisabeth Grümmer