José Van Dam a 70 ans

Les 70 ans de José Van Dam.

Le baryton-basse belge, José Van Dam fête ses soixante dix ans et amorce la fin de sa carrière, du moins sur la scène, car il n'est pas prêt d'abandonner ses master' class et ses nombreux élèves.
C'est ainsi qu'il fait, actuellement, ses adieux au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles qui coïncident avec ses trente années d'activité dans cette auguste maison. Il a choisi, à cette occasion, le Don Quichotte de Massenet, une œuvre qu'il affectionne particulièrement. Van Dam a, en effet, une prédication pour les personnages profondément humains et n'hésite pas à placer sur le même plan le Hans Sachs des Meistersinger de Wagner. Lel héros de Cervantès a, d'aileurs, inspiré Ravel et Jacques Ibert aussi bien que Massenet, à la suite de commandes du grand Chaliapine. L'artiste bruxellois est donc, ici, son digne successeur. Ajoutons que Van Dam a également incarné l'Homme de la Manche , à la suite de son compatriote, Jacques Brel, dans la fameuse comédie musicale éponyme. En revanche, les demi-dieux semblent inciter sa méfiance et il a toujours refusé d'incarner Wotan.
Cette reprise de Don Quichotte fut diffusée récemment, en direct, sur Arte. Il s'agissait d'une soirée de gala exceptionnelle que la Reine Fabiola et d'autres membres de la famille royale ont honorée de leur présence. Avec un orchestre très bien mené par Marc Minkovski, José Van Dam n'eut aucun mal à dominer la scène, face à un Sancho Pança et à une Dulcinée crédibles mais mal à l'aise avec le français. Mise en scène efficace de Laurent Pelly mais au prix de décors et de costumes anachroniques et sans grande signification.
Dans le contexte actuel qui est celui de la Belgique menacée de disparition, ces festivités en l'honneur de José Van Dam ont valeur de symbole. Comme il le déclarait récemment dans le Figaro, le chanteur est, en effet très fier, de ses origines bruxelloises et de sa double culture flamande et francophone, passerelle idéale, dit-il, aussi bien en direction du répertoire allemand que des grandes œuvres françaises et italiennes.
Confessant ce qu'il doit à Karajan avec lequel il a travaillé presque pendant vingt ans, Van Dam est également très redevable à la France et rend un hommage appuyé à ce que fut, naguère, avant l'ère Libermann, la troupe de l'Opéra de Paris dans laquelle il s'est formé en compagnie des Bacquier, Dens et autres Depraz, pour ne parler que d'interprètes proches de sa tessiture. Reconnaissance exprimée aussi à Aimée Mortimer qui avait révélé le jeune José dans « l'Ecole des vedettes », aux temps héroïques de l'ORTF et de la TV en noir et blanc ! Un regret, cependant, concernant Paris : l'absence d'un théâtre exclusivement destiné à l'Opérette, un répertoire que l'artiste défend avec passion. Ayant regretté ce manque, il y a quelques années, devant un ancien maire de Paris, José Van Dam s'est vu opposé un refus sarcastique. No comment !
Consécration de ce double anniversaire, le label Cypres édite un double album, Trente ans à la Monnaie qui comporte les grandes incarnations lyriques du chanteur captées par la RTBF et la VRT, les deux chaines de radio francophone et flamande, et couvrant l'ensemble de son répertoire.

Jean-Pierre Pister