Compte-rendus des conférences

 

Puccini : vériste ou non ?

 

 

     Résultat d’un travail de recherche comparative très pointu, la conférence de Danielle Pister sur « La Bohème », le 26 septembre au Foyer de l’Opéra-Théâtre,  procédait, (tout comme sa plaquette sur l’ouvrage)  de l’analyse minutieuse du compositeur et de l’œuvre.  Citant d’abord une « métaphore excrémentielle » dont l’avait sali un critique anglo-saxon, la conseillère culturelle du Cercle Lyrique de Metz posa la question de savoir pourquoi Puccini fut autant détesté qu’adoré. Elle démontra ensuite  que les thèmes musicaux de l’oeuvre étaient propres à chaque personnage (Marcel, Rodolphe, Schaunard, Colline, …) chacun  s’exprimant dans un langage inhabituel tranchant avec le style élevé de l’opéra. De plus, l’idéalisation du sentiment amoureux est absente dans la représentation de la femme au travers du personnage principal de Mimi. Enfin, les formes traditionnelles du genre sont subverties par la musique et le texte, où, au début de l’ouvrage, on est davantage dans le burlesque, façon Falstaff, Puccini étant alors jugé par rapport à Verdi. On notera, d’entrée,  la disparition des « numéros musicaux » (les airs célèbres et superbes intervenant ensuite NDLR).

     Puis, Danielle Pister revint sur les jugements négatifs sur le compositeur en citant celui du critique italien Torrefranca, qui jugea que « Puccini était un exemple typique de la musique femelle ».

     Puccini était-il vériste ou non ? Ce fut l’interrogation suivante à laquelle la conférencière répondit en soulignant que le compositeur produisait plutôt une musique pure au contraire d’une musique outrée et que l’on pouvait pleurer sans hurler en voulant traduire, par le chant, les sentiments douloureux ou tragiques de la fin de l’œuvre. Des exemples musicaux furent alors proposés aux auditeurs présents, dont on retiendra le grand air de Rodolphe rendu par Jussi Björling et traduit avec sincérité et le naturel du chant, la « fêlure ». Pour le grand air de Mimi, Danielle Pister avait choisi un enregistrement avec Mirella Freni, dont on remarqua la pureté et la délicatesse de la voix. L’air de Musette provenait d’un enregistrement ancien avec  Supervia. Autre extrait apprécié, celui de Victoria de Los Angeles. On pouvait en conclure que Puccini n’était pas un vériste, je dirai forcené, mais un musicien dont les airs les plus prenants n’ont pas besoin d’exploser comme ils le sont parfois par certains interprètes. Avec son talent d’analyste, Danielle Pister nous aura,  en tout cas, fait aimer Puccini plus encore que l’on pouvait l’aimer.

 

Georges M.asson