Hamlet au MET

Hamlet en direct du MET


Cocorico!
Un opéra français - qui plus est du compositeur messin Ambroise Thomas - est retransmis en direct du Métropolitan Opéra de New-York.
Wahou!
Cet opéra, chanté en français, l'est dans une diction absolument parfaite qui rend, par contre-coup, l'usage du sur-titrage presqu'obsolète.
Patatras......mais bravo!
Le rôle titre d'Ophélie qui devait être tenu par notre diva nationale - Nathalie Dessay - est remplacé, apparemment dans l'urgence, par Marlis Petersen qui donna au rôle à la fois la puissance de son soprano, une qualité et une présence dramatique tout à fait remarquable.

Hamlet, opéra en 5 actes et 7 tableaux a été crée à l'Académie Impériale de Musique de Paris ( Salle Le Peletier) le 9 Mars 1868 sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d'après le drame de Shakespeare qui date de 1600-1601.
L'intrigue, qui suit assez précisément l'œuvre dont est tiré le livret, se déroule à Elseneur au Danemark à une époque ancienne mal déterminée. C'est, pour résumer, l'histoire d'une vengeance puisque Claudius, le frère du Roi, a tué ce dernier avec la complicité de la reine - dont il était l'amant - pour s'emparer du trône.
Mais, Hamlet, le fils du roi, a deviné l'horrible machination. Il est partagé entre l'amour qu'il porte à sa mère et qui le pousse à l'épargner par lâcheté et son devoir filial qui lui dicte de venger son père.
Le conflit interne dans lequel se débat Hamlet l'entraîne à prendre de la distance vis-à-vis d'Ophélie à laquelle il doit prochainement s'unir. Cette dernière est très affectée de la distance établie par Hamlet. Elle veut quitter la cour pour se retirer dans un couvent. La reine la retient et comprend de ce fait qu'Hamlet a découvert la vérité.
Sur l'esplanade du palais, des courtisans apprennent à Hamlet que le spectre de son père rôdait dans le château en révélant le crime dont il a été la victime.
Hamlet, qui simule la folie, invite alors une troupe de comédien à représenter le meurtre du vieux roi Gonzague dans l'espoir de confondre, par la similarité de la situation, Claudius et sa mère. Mais, il diffère sa vengeance......
Hamlet est rongé par le doute.........Etre ou ne pas être.......
Mais caché et épiant le roi qui est seul; il ne peut se résoudre à abattre un homme agenouillé en prière. Il apprend alors que le père d'Ophélie faisait aussi partie de la conspiration. Il repousse alors cette dernière et, resté seule avec sa mère, Hamlet la tourmente par une série de sous-entendus avant de l'accuser au grand jour de complicité dans le meurttre de son père. Le spectre de son père lui enjoint alors d'épargner celle-ci.
Ophélie devenue folle et vêtue de blanc se croit mariée à Hamlet et se noie de désespoir dans le lac voisin.
A l'enterrement d'Ophélie, Laerte, son frère, vient demander à Hamlet raison de son attitude. Réalisant qu'il a causé la mort de sa promise, Hamlet veut se tuer mais le spectre du roi réapparait et lui enjoint de faire justice. Hamlet tue son oncle, ordonne à sa mère de se retirer dans un couvent et succède à son père sur le trône du Danemark.

C'est précisément sur le respect scrupuleux du tragique de l'intrigue que repose la mise en scène de l'œuvre programmé par le Metropolitan Opéra qui, a bien des aspects, peut être qualifiée de très "shakespearienne".
Sobriété des décors qui sont plus suggérés qu'effectifs, jeux subtils des lumières accompagnant et rehaussant souvent la coloration dramatique des scènes, classicisme moderne des costumes..... Mais, surtout, très belle direction des chanteurs qui, en la circonstance, évoluent plus vers le jeu d'acteurs chantant en excluant tout pathos - y compris dans la célèbre scène de la folie d'Ophélie - au profit d'une intensité dramatique visible tant dans la gestuelle que dans la concentration des différents protagonistes du drame.
C'est précisément ce partis pris scénographique qui donne alors à l'œuvre son caractère intemporel mais terriblement actuel où le drame intime - celui de cette famille qui se déchire, de ce couple qui se rompt - se mêle au combat politique pour la quête ou la reconquête du pouvoir qui passe par la trahison, la vengeance et, au final, le meurtre.
Le ténor écossais Simon Keenlyside, tout en intériorité, campe un Hamlet que n'eût certainement pas désavoué Shakespeare tant il met la belle coloration émotionnelle de sa voix au service du conflit qui l'habite pour nous en rendre toute la palette nuancée des états successifs qu'il traverse.
Marlis Petersen donne à Ophélie à la fois la force de sa voix mais aussi la faiblesse qui jaillit en elle devant un drame dont elle est la protagoniste et la victime involontaires. La scène de la folie - qui est le morceau de bravoure attendu des spectateurs - est à la fois forte par le drame qui s'y joue mais la chanteuse sait lui restituer toute sa finesse psychologique: le vacillement identitaire et le sentiment d'étrangeté qui saisit son personnage confronté au non sens et à la violence d'une situation qu'elle subit plus qu'elle ne la maitrise. Ce qui soit dit en passant est l'essence même de la folie!
Jennifer Larmore campe une Reine Gertrude ambigüe........mais terriblement œdipienne........ puisque partagée entre l'amour indéniable qu'elle porte à son fils et la trahison qu'elle a perpétrée à l'égard du père de ce dernier. La chanteuse, excluant tout pathos facile et s'appuyant sur sa grande expérience de la scène, mêle à la fois des moments d'une froideur extrême presque cynique et des passages plus émotionnels où on la sent, comme son fils, déchirée par le conflit qui la ronge. Etre ou ne pas être.........coupable?
James Morris - un habitué du Metropolitan Opéra - campe un Claudius à la fois machiavélique mais aussi dans le troisième acte empli de doutes et de remords évitant de ce fait la caricature ou le parti-pris. Même si au début quelques faiblesses vocales et de diction.........ont été vite compensées par la suite!
La direction musicale de Louis Langrée a été magnifique donnant à la musique une coloration dramatique toute en finesse et en nuance au service de l'intensité dramatique mise en place sur scène.

Etre ou ne pas être!. Tel est le début de la célèbre tirade d'Hamlet qui traduit bien l'intense conflit qui sévit à l'intérieur du personnage et, l'on pourrait dire, de tous les protagonistes de ce drame.
Cette dualité, cette ambivalence nous la retrouvons dans la mise en scène de cette œuvre qui ménage, via le jeu des chanteurs et la palette de la direction musicale, toute la subtile harmonie chromatique de ce drame passionnel et passionnant.

 

Jean-Pierre VIDIT
Vice-Président du Cercle lyrique de Metz