Wolfgang Wagner

 

Wolfgang Wagner (1919-2010)

Wolgang Wagner est décédé le 21 mars dernier à Bayreuth, à l'âge de 90 ans. Il avait renoncé à la direction du célèbre festival depuis 2008, au terme de querelles dynastiques et successorales dont les media se sont faits largement l'écho.
Petit-fils du Maître de Bayreuth et de Cosima Liszt, Wolfgang était le fils de Siegfried Wagner dont on redécouvre, aujourd'hui, quelques compositions. Il avait pour mère « Frau Winifred », l'âme damnée de la tribu, hitlérienne notoire qui déclarait encore, à la télévision, en 1976 : « Si le Führer revenait ici, je l'accueillerais comme dans l'ancien temps » (sic).
En 1939, il se trouve dispensé de toute obligation militaire, comme son frère aîné Wieland, par faveur spéciale de Hitler.
En 1945, le problème de l'avenir de Bayreuth est posé, la cité bavaroise se trouvant dans la zone d'occupation américaine.
Les deux frères parviennent, finalement, à relancer en 1951, un festival de haut niveau désormais dénazifié avec quelques évènements entrés dans l'Histoire comme cette Neuvième de Beethoven, dirigée par Furtwängler, le 29 juillet, suivie par un Ring conduit alternativement par Karajan et Knappertsbusch, les deux chefs se partageant, ensuite, Parsifal et les Meistersinger.
Pendant une quinzaine d'années, le "Neues Bayreuth" est ainsi devenu un des hauts lieux de l'art lyrique international, servi par les mises en scène innovantes de Wieland, par des baguettes d'exception -Clemens Krauss, Josef Keilberth, André Cluytens, Wolfgang Sawalisch, Karl Böhm-, par des chanteurs tels que Birgit Nilsson, Astrid Varnay, Wolfgang Windgassen, Hans Hotter....
A la mort de Wieland, en 1966, Wolfgang Wagner qui avait joué, jusque là, le rôle de brillant second, se retrouvait seul maître des lieux, à vrai dire meilleur régisseur et administrateur que metteur en scène. La critique lui a reconnu le mérite d'avoir invité à Bayreuth, pour le Ring du centenaire en 1976, Patrice Chéreau et Pierre Boulez. On remarquera, cependant, que Boulez avait déjà été l'hôte de Wieland dix ans plus tôt pour Parsifal.
Tout au long d'une longue période directoriale, Wolfgang Wagner a connu les hauts et les bas de l'art wagnérien. Sans parler des mises en scène, il faut bien reconnaître que, dès les années 1980, il fut le syndic d'un certain déclin perceptible, notamment, au niveau des voix, en dépit de moments de grâce tels que la présence de Plácido Domingo dans Parsifal au milieu des années 1990. Excepté naguère Daniel Barenboïm et, plus récemment, Christian Thielemann, les grands chefs ne viennent plus que rarement « sur la colline sacrée » ( ! ) et Wolfgang n'a pas su garder Sir Georg Solti en 1983, l'année où l'on célébrait le centième anniversaire de la disparition de Richard Wagner.
Auteur de Mémoires assez laborieux mais que l'on aimerait voir édités en français, Wolfgang Wagner fut enfin le patriarche d'un clan qui, par ses disputes et ses règlements de compte, a pu, ces dernières années, nous rappeler les Atrides...ou les Niebelungen !

 

Jean-Pierre Pister