Gérard Friedmann

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Nous avons appris, en cette fin d’année 2009, la disparition du ténorrard Friedmann dont le nom évoque des souvenirs marquants pour de nombreux mélomanes de Metz et de sa région.

Né en 1926, Gérard Friedmann a reçu sa formation, dès 1948, au Conservatoire national supérieur de Paris où il fut, notamment,  le condisciple, de Régine Crespin et d’Alain Vanzo. Il fréquenta également les cours de Nadia Boulanger. De son maître Charles Panzera, dédicataire de plusieurs œuvres vocales de Fauré et de Ravel, il devait hériter d’une grande affinité pour le répertoire français et de son style si caractéristique en termes de clarté et d’articulation.

En 1951, il assuma, au pied levé, le Sanctus du Requiem de Berlioz sous la direction du jeune Leonard Bernstein à l’occasion d’un concert donné dans la Cour Carré du Louvre en présence du Président de la République, Vincent Auriol. Autre grand évènement, en 1956 : le mariage de Rainier de Monaco et de Grace Kelly au cours duquel le chanteur fut amené à interpréter du Bach, accompagné par Yehudi Menuhin, lui-même.

Au cours de sa carrre, Gérard Friedmann devait fréquenter les plus grandes scènes lyriques –Opéra Garnier, Scala, Bolchoï, Festival de Salzbourg- en compagnie d’artistes tels que Montserrat Caballe, Plácido Domingo, José Van Dam, José Carrerras. Outre Bernstein, il fut mis en contact de baguettes aussi prestigieuses que celles de Karajan, James Levine, Ozawa. Enfin, il fut associé à Igor Stravinski lors de la création des Threni à Saint-Marc de Venise, en 1958.

A Metz, Gérard Friedmann a servi son art aussi bien comme pédagogue que comme interprète. De 1969 au début des années 1990, il enseigna le chant et l’art lyrique au Conservatoire de Région de Metz et y laissa le souvenir d’un très grand professeur, profondément humain. Parmi ses élèves, citons Giuseppe Todaro, plus connu sous le nom de José Todaro comme successeur de Luis Mariano dans les opérettes à grand spectacle de Francis Lopez. Comme interprète, Friedmann fut associé à de nombreux concerts d’œuvres vocales et d’oratorios de l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, l’actuel Orchestre National de Lorraine, ainsi qu’à plusieurs productions de l’Opéra Théâtre. Citons ainsi sa participation à Roméo et Juliette de Berlioz et aux Carmina Burana de Carl Orff dans ces anciens temps antérieurs à l’Arsenal où le futur ONL devait se produire au Palais des sports. Dans le domaine de l’Opéra, nous gardons le souvenir de son apparition à Nancy, en octobre 1974, dans une production de Lucia di Lammermoor dominée par le grand Carlo Bergonzi. Et mentionnons, particulièrement, son incarnation du Spalanzani des Contes d’Hoffmann dans la production messine de janvier 1989.

Le rôle de Spalanzani devait devenir la spécialité de Gérard Friedmann à la fin de sa carrre. En 1980 et 1981, il l’interprétait à Salzbourg pour le centenaire de l’œuvre, face à Plácido Domingo et José Van Dam, sous la direction de James Levine. Quelques années plus tard, il l’enregistrait, toujours avec Domingo, sous la direction de Sejï Ozawa. Enfin, il faisait ses adieux à la scène dans ce rôle, en 1992, à l’Opéra Bastille face à une jeune Olympia débutante du nom de Nathalie Dessay.

   

En enregistrement avec Plácido Domingo

 

La discographie de Gérard Friedmann est abondante et a le mérite de sortir des sentiers battus. Nous tenons à mentionner, d’abord,  une rareté aujourd’hui introuvable, un album de trois microsillons édités dans les années 1960 par la Guilde Internationale du Disque et consacrés à une histoire de la Révolution française racontée par Alain Decaux. Friedmann y interprète des chants révolutionnaires aussi bien anonymes que signés de Méhul, Gossec…..et Rouget de l’Isle ! Dans le grand répertoire lyrique, notre ténor est associé à Teresa Stich-Randall dans la Veuve Joyeuse (INA) et à Régine Crespin et Alain Vanzo dans La Périchole dirigée par Alain Lombard (Erato). Dans des chemins plus rares, on le rencontre dans Le Roi Arthus de Chausson et dans Pénélope de Fauré sous les directions respectives d’Armin Jordan et de Charles Dutoit (toujours chez Erato). Avec Jeanne Rhodes et Xavier Depraz, il est présent dans l’Ange de Feu de Prokofiev sous la baguette de Charles Brück (Musidisc). Enfin, Spalanzani, son personnage fétiche, a été gravé par Deutsche Grammophon sous la direction d’Ozawa. Mais la très récente réédition de la production salzbourgeoise de 1981, par le label Orfeo, nous le restitue encore mieux et dans un son excellent, avec un casting de premier plan : Domingo et Van Dam, eux-mêmes, Catherine Malfitano, le Philharmonique de Vienne étant animé par l’excellent James Levine qui a repris les Contes d’Hoffmann très récemment au MET.

Avec la disparition de Gérard Friedmann, le chant français perd un de ses meilleurs serviteurs auquel le Cercle Lyrique de Metz ne pouvait que rendre hommage.