Camille Mauranne

Camille Mauranne (1910-2010) 

 

Camille Maurane, de son vrai nom Camille Moreau, qui avait eu 98 ans en novembre dernier, est mort le 21 janvier 2010 à Eaubonne (Val-d'Oise).
Fils d'un professeur de musique, il a commencé à travailler sa voix dans la Maîtrise de la cathédrale de Rouen, sa ville natale. C'est à 25 ans qu'il entre dans la classe de Claire Croiza, une des grandes Dalila du début du XXème siècle et grande spécialiste de la mélodie française. Elle lui transmettra, ainsi qu'à d'autres de ses élèves devenus célèbres, Jacques Jansen et Gérard Souzay, sa diction claire et naturelle et sa science des textes.
Camille Maurane avouait que qu'il était venu au chant par la poésie française. Son phrasé délicat et subtil, l'élégance naturelle de son chant, ont fait de lui un spécialiste recherché des mélodies de Gabriel Fauré dans lesquelles il s'est montré magistral. Mais il a su tout autant faire ressortir, en évitant toute affectation, la vérité poétique des mélodies de Chabrier, de Poulenc, de Ravel ou de Debussy.
Camille Maurane avait débuté en 1940 à l'Opéra-Comique. Son timbre clair et léger de baryton Martin en faisait un interprète idéal du rôle de Pelléas, dans l'opéra de Debussy qu'il enregistrera trois fois. Il a chanté également, en France et à l'étranger, dans le Lakmé de Delibes, le Werther de Massenet, Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach ou encore L'Enfant et les sortilèges de Ravel (célèbre enregistrement dirigé par Lorin Maazel chez Deutsche Grammophon).
Il a aussi contribué au renouveau de la musique baroque, faisant évoluer l'interprétation de Castor et Pollux ou des Indes galantes de Rameau. Par ailleurs grand pédagogue, Camille Maurane a enseigné pendant quelque trente ans au Conservatoire de Paris, jusqu'en 1981. Sa discographie témoigne de l'étendue de son répertoire.

Pour le préambule à la réédition japonaise de l'intégrale de ses enregistrements pour Erato, Camille Maurane avait signé, d'une écriture soignée, ces quelques mots : « La Philosophie Platonicienne nous enseigne que : La Musique est un bienfait des Dieux », résumant ainsi sa conception artistique.

 

Danielle Pister

 

 La disparition d'un grand Pelléas