Furtwängler au Goethe Institut

Les Journées Furtwängler au Goethe-Institute de Nancy.


En En collaboration avec l'université de Nancy II, le Goethe-Institute a organisé du 15 au 19 septembre dernier une série de manifestations consacrées au grand chef d'orchestre et compositeur allemand Wilhelm Furtwängler, disparu il y aura bientôt cinquante cinq ans, en novembre 1954.
On a pu ainsi avoir le privilège d'entendre en concert sa sonate pour piano et violon très rarement exécutée. Et d'assister, surtout, dans l'après-midi du samedi 19, à deux tables rondes organisées avec la participation de spécialistes, musicologues et doctorants en histoire culturelle. Cette manifestation était honorée par la présence de Thomas Ackerman, beau-fils du musicien et fils de Madame Élisabeth Furtwängler et de Philippe Leduc, l'infatigable président de la société Furtwängler-France.
La première de ces tables rondes était animée par le professeur Didier Francfort, éminent spécialiste d'histoire culturelle. Furent alors abordés l'œuvre du compositeur et son rapport à la modernité. Si Wilhelm Furtwängler n'a pas hésité, tout au long de sa carrière, à créer des œuvres contemporaines, y compris celles d'Arnold Schönberg, la référence aux règles de la tonalité est toujours restée pour lui essentielle. Ses compositions en portent témoignage, élaborées, pour l'essentiel, pendant la période de repos forcé entre 1945 et 1947 avant que Furtwängler ne fut lavé de tout soupçon de complicité avec le régime national-socialiste. La seconde de ces symphonies est à cet égard remarquable, très fortement marquée par l'influence d'Anton Bruckner. A cette occasion, le musicologue suisse Jean-Jacques Rapin a fait un rapprochement des plus judicieux avec le chef d'orchestre suisse Ernest Ansermet, ami personnel de Furtwängler et fondateur de l'Orchestre de la Suisse romande.
Une seconde table ronde, animée par Jean-Philippe Navarre, directeur du conservatoire de Nancy, bien connu des amis du Cercle Lyrique de Metz, abordait la question délicate des rapports de Furtwängler et du troisième Reich. A aucun moment, le chef d'orchestre n'a manifesté la moindre sympathie à l'égard de Hitler ni de son régime. Mais, conscient d'incarner l'art allemand dans ce qu'il avait de meilleur, protégeant, tant qu'il l'a pu, ses musiciens juifs de la Philharmonie de Berlin, il s'est toujours refusé à quitter sa terre natale en dépit de certaines propositions provenant notamment de la Philharmonie de New York en 1936. Démissionnaire de la Philharmonie de Berlin dès 1934 à la suite d'un conflit avec Goebbels concernant le compositeur Paul Hindemith, Furtwängler a dirigé ensuite, comme chef invité, jusqu'en 1945. Instrumentalisé à certaines occasions en acceptant, par exemple, de se produire pour l'anniversaire d'Hitler, il a, tout au plus, fait preuve d'un idéalisme à la fois naïf et inconscient. À sa façon victime des vicissitudes du XXe siècle, il n'en reste pas moins l'un des plus grands chefs d'orchestre contemporains, serviteur inoubliable de Beethoven, Brahms, Wagner, Bruckner. Le grand Yehudi Menuhin en était conscient au plus haut point, lui qui, exonérant Furtwängler de tout reproche, a accepté de se produire avec lui dès l'immédiat après-guerre.
Non seulement chef symphonique mais aussi grand serviteur de l'art lyrique, Furtwängler a laissé des enregistrements inoubliables de Tristan, du Ring wagnérien dans son intégralité, de Fidelio.
Le public était nombreux à assister à ces tables rondes organisées parallèlement à la tenue du Livre sur la Place à Nancy. Une manifestation d'un très grand intérêt qui honore ses organisateurs.

Jean-Pierre PISTER