Mignon à l'Opéra-comique

Mignon à l’Opéra-comique de Paris 

Un prélude au bicentenaire d’A. Thomas

 

Le bicentenaire de la naissance du compositeur originaire de Metz et célébrissime en son temps, Ambroise Thomas, coïncidera avec la Troisième Biennale que lui consacrera sa ville natale et son Opéra-Théâtre en 2011. Or, l’Opéra-comique de Paris a, en quelque sorte, anticipé l’événement en montant son oeuvre lyrique la plus célèbre, Mignon , tout en culpabilisant de l’avoir si parcimonieusement reprise à son répertoire après avoir célébré avecfaste sa millième représentation, en 1894, portant le musicien aux cimes de la gloire.

La production de la Salle Favart, mise en scène par Jean-Louis Benoît adopte une esthétique tournée vers le théâtre classique au niveau des dialogues parlés (trop) abondants, du livret respecté de Barbier-Carré, et dits par les comédiens-chanteurs, à la manière malignement moliéresque et sentimentalement marivaudesque, selon une conception soignée, avec gestuelle et perruques correspondant à l’esprit XVIIIème. Mais, c’était une volonté de la direction d’acteurs qui revenait sciemment aux fondamentaux, sans verser toutefois dans le larmoyant mélo qui faisait tirer les mouchoirs sous le Second Empire. Ce n’est que dans la conception musicale de l’œuvre qu’on trouvera les éléments d’un romantisme du sentiment qui s’incrustent au IIIème acte, plus sombre, plus émouvant, au moment où Mignon retrouve son père, Lothario, au château italien duquel elle avait été jadis kidnappée par une troupe de saltimbanques.

Il y a, d’évidence, une certaine consanguinité avec le roman autobiographique de Goethe, Wilhelm Meister Lehrejahre, traduite par les costumes, nordiques, la vêture de Mignon, androgyne au petit chapeau tudesque, les bohémiens-danseurs itinérants parcourant l’Allemagne en se dirigeant au sud chaud des Alpes. La costumerie est volontiers sévère qui a, d’ailleurs, dans son ensemble, une connotation goethéenne, les décors évoluant d’un siècle de dorures louis-seizièmes, au naturalisme des tableaux XIXe rappelant un peu les toiles peintes de Ciceri.

Mais c’est François-Xavier Roth, (bien connu à Metz des abonnés de L’Arsenal pour ses concerts avec son bijou d’orchestre « Les Siècles »), qui s’est pris d’une véritable empathie pour la musique d’Ambroise Thomas qu’il a découverte dans les réductions pour flûte des airs de cet opéra-comique. A la tête du Philharmonique de Radio-France, mais tournant le dos au plateau et faisant face au public, ce qui a semblé tout à fait incongru, (bien que proche des habitudes passées), il distille cette musique tout en finesse, en arabesques et en traits de cordes et de bois de la plus étourdissante virtuosité. La psychologie des personnages apparaît, bien que la posture des interprètes soit un peu figée. Mignon (Marie Lenormand), entre errance, somnambulisme et nostalgie, a une tessiture de mezzo ambré, souvent sollicitée vers le haut du registre. A contrario, sa rivale, Philine (Malia Bendi-Merad), développe un soprano léger, façon colorature à la Mado Robin, et s’accommode à merveille des vocalises haut perchées de sa Polonaise. Seul Wilhelm (Ismaël Jordi), malgré son brillant ténor, gâte la sauce par son accent espagnol, le sur titrage en français n’étant pas inutile pour le comprendre (une habitude qui se répand). Mais en général, la distribution reflétait le style particulier du chant français d’époque, qui est, hélas, en voie de perdition. On attend à Metz, Françoise de Rimini qui devrait être produite à la Biennale de ’an prochain.

(Représentations d’avril 2010)

Georges MASSON